Collaboration interprofessionnelle : ce qui la bloque vraiment
Personne ne conteste qu'une collaboration entre les professions serait préférable. Elle a pourtant rarement lieu — pour quatre raisons, dont deux seulement dépendent du cabinet.
Les textes sur la collaboration interprofessionnelle s'ouvrent presque toujours sur la liste de ses avantages : moins de doublons, moins d'erreurs de médication, des circuits plus courts, de meilleurs résultats, un personnel plus satisfait. Tout est vrai, et cela n'aide personne, car personne ne collabore mal par ignorance de ces avantages.
La question intéressante est l'autre : pourquoi cela se produit-il si rarement malgré tout ? La réponse tient en quatre obstacles, plus ou moins faciles à lever.
Obstacle 1 : il n'y a pas de canal commun
La médecin de famille travaille dans son logiciel de cabinet, les soins à domicile dans le leur, la pharmacie dans un troisième, la physiothérapie dans un quatrième. Aucun de ces systèmes ne parle aux autres. Qui veut transmettre quelque chose saisit le téléphone ou le fax.
C'est le seul obstacle qui se résout techniquement, et c'est le plus important. Un canal que tous les intervenants atteignent , sans que quiconque doive utiliser le système d'un autre, supprime l'essentiel des frottements — non parce qu'il crée de nouvelles possibilités, mais parce qu'il remplace les tentatives d'appel.
Obstacle 2 : on ne sait pas qui décide
Dès que plusieurs professions travaillent sur un cas, se pose la question de savoir qui prend quelle décision et qui doit informer qui. Tant que ce n'est pas écrit, cela se renégocie chaque fois — et dans le doute la transmission n'a pas lieu, parce que personne n'est certain que c'était sa tâche.
Cela se corrige, et ne coûte aucune technique mais une demi-heure et une feuille de papier : pour les trois situations les plus fréquentes, écrire qui décide, qui est informé et dans quel délai. Il n'en faut pas plus, et moins ne suffit pas.
Obstacle 3 : la coordination n'est pas rémunérée
Le temps consacré aux concertations n'est en règle générale pas facturable. Qui coordonne le fait au détriment de son propre temps, et cela vaut simultanément pour tous les intervenants.
Un cabinet isolé n'y peut rien changer. Ce qu'il peut changer, c'est l'effort par échange : quand une question coûte deux minutes au lieu de trois tentatives d'appel, le calcul se déplace sans que la rémunération change.
Obstacle 4 : l'information arrive trop tard
La lettre de sortie arrive quand la patiente est depuis longtemps repassée au cabinet. La pharmacie apprend un changement de médication après avoir délivré. Ici, la collaboration n'échoue pas sur la volonté mais sur l'ordre des choses.
Collaborer consiste en grande partie à joindre quelqu'un. Ce qui échoue là n'échoue pas sur l'attitude, mais sur le chemin.
Cela aussi se résout à moitié. Un bref message le jour même ne remplace pas un rapport, mais comble la lacune où l'on décide sinon sur une base incomplète.
Ce qu'un cabinet peut faire
- 1
Installer un canal avant de décrire des processus
Sans chemin, le meilleur accord ne sert à rien. Avec un chemin, beaucoup d'accords se règlent d'eux-mêmes, parce que demander devient moins coûteux que supposer.
- 2
Écrire qui décide, pour trois situations
Changement de médication, sortie d'hôpital, aggravation à domicile. Ces trois-là couvrent l'essentiel des cas impliquant plusieurs professions.
- 3
Recueillir le consentement une fois plutôt qu'à chaque fois
Un consentement écrit à l'échange entre les soignants retire l'incertitude juridique de chaque cas particulier.
Reste le problème de la rémunération, et celui-là ne se règle pas dans un cabinet. Il vaut malgré tout la peine de s'attaquer au reste : trois des quatre obstacles sont des chemins et des responsabilités, et les deux sont plus à portée qu'il n'y paraît.