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Collaboration interprofessionnelle : ce qui la bloque vraiment

Personne ne conteste qu'une collaboration entre les professions serait préférable. Elle a pourtant rarement lieu — pour quatre raisons, dont deux seulement dépendent du cabinet.

Par Clemens Bürli

Publié le

Révisé le

5 min de lecture

Les textes sur la collaboration interprofessionnelle s'ouvrent presque toujours sur la liste de ses avantages : moins de doublons, moins d'erreurs de médication, des circuits plus courts, de meilleurs résultats, un personnel plus satisfait. Tout est vrai, et cela n'aide personne, car personne ne collabore mal par ignorance de ces avantages.

La question intéressante est l'autre : pourquoi cela se produit-il si rarement malgré tout ? La réponse tient en quatre obstacles, plus ou moins faciles à lever.

Obstacle 1 : il n'y a pas de canal commun

La médecin de famille travaille dans son logiciel de cabinet, les soins à domicile dans le leur, la pharmacie dans un troisième, la physiothérapie dans un quatrième. Aucun de ces systèmes ne parle aux autres. Qui veut transmettre quelque chose saisit le téléphone ou le fax.

C'est le seul obstacle qui se résout techniquement, et c'est le plus important. Un canal que tous les intervenants atteignent , sans que quiconque doive utiliser le système d'un autre, supprime l'essentiel des frottements — non parce qu'il crée de nouvelles possibilités, mais parce qu'il remplace les tentatives d'appel.

Obstacle 2 : on ne sait pas qui décide

Dès que plusieurs professions travaillent sur un cas, se pose la question de savoir qui prend quelle décision et qui doit informer qui. Tant que ce n'est pas écrit, cela se renégocie chaque fois — et dans le doute la transmission n'a pas lieu, parce que personne n'est certain que c'était sa tâche.

Cela se corrige, et ne coûte aucune technique mais une demi-heure et une feuille de papier : pour les trois situations les plus fréquentes, écrire qui décide, qui est informé et dans quel délai. Il n'en faut pas plus, et moins ne suffit pas.

Obstacle 3 : la coordination n'est pas rémunérée

Le temps consacré aux concertations n'est en règle générale pas facturable. Qui coordonne le fait au détriment de son propre temps, et cela vaut simultanément pour tous les intervenants.

Un cabinet isolé n'y peut rien changer. Ce qu'il peut changer, c'est l'effort par échange : quand une question coûte deux minutes au lieu de trois tentatives d'appel, le calcul se déplace sans que la rémunération change.

Obstacle 4 : l'information arrive trop tard

La lettre de sortie arrive quand la patiente est depuis longtemps repassée au cabinet. La pharmacie apprend un changement de médication après avoir délivré. Ici, la collaboration n'échoue pas sur la volonté mais sur l'ordre des choses.

Collaborer consiste en grande partie à joindre quelqu'un. Ce qui échoue là n'échoue pas sur l'attitude, mais sur le chemin.

Cela aussi se résout à moitié. Un bref message le jour même ne remplace pas un rapport, mais comble la lacune où l'on décide sinon sur une base incomplète.

Ce qu'un cabinet peut faire

  1. 1

    Installer un canal avant de décrire des processus

    Sans chemin, le meilleur accord ne sert à rien. Avec un chemin, beaucoup d'accords se règlent d'eux-mêmes, parce que demander devient moins coûteux que supposer.

  2. 2

    Écrire qui décide, pour trois situations

    Changement de médication, sortie d'hôpital, aggravation à domicile. Ces trois-là couvrent l'essentiel des cas impliquant plusieurs professions.

  3. 3

    Recueillir le consentement une fois plutôt qu'à chaque fois

    Un consentement écrit à l'échange entre les soignants retire l'incertitude juridique de chaque cas particulier.

Reste le problème de la rémunération, et celui-là ne se règle pas dans un cabinet. Il vaut malgré tout la peine de s'attaquer au reste : trois des quatre obstacles sont des chemins et des responsabilités, et les deux sont plus à portée qu'il n'y paraît.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la collaboration interprofessionnelle concrètement ?

Le traitement coordonné par plusieurs professions — médecin de famille, soins à domicile, pharmacie et physiothérapie par exemple — au cours duquel les informations sont partagées et les décisions accordées entre elles. La différence avec un simple adressage est que les intervenants se connaissent pendant le traitement, et non seulement après.

Peut-on partager des données de patients avec d'autres soignants ?

Oui, dans la mesure où c'est nécessaire au traitement et où la patiente y consent. Le secret professionnel de l'art. 321 CP ne s'y oppose pas, mais exige que l'échange soit justifié et voulu. Un consentement écrit recueilli une fois épargne la discussion au cas par cas.

Sur quoi la collaboration échoue-t-elle le plus souvent ?

Sur l'absence de canal commun. Les intervenants travaillent dans des systèmes différents qui ne se parlent pas, et saisissent donc le téléphone. Une grande part de l'effort porte sur la tentative de joindre quelqu'un, pas sur le contenu du message.

L'effort en vaut-il la peine pour un petit cabinet ?

Si plusieurs professions travaillent régulièrement auprès des mêmes patientes, oui — chez les malades chroniques et les personnes âgées, c'est la règle. Si les adressages sont rares et suscitent rarement des questions, le goulet est ailleurs.

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